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Journal du cabinet · une note par mois

Le carnet
de bord.

Tenir un carnet est une discipline ancienne. On y consigne ce qu'on a vu, ce qu'on a fait, ce qu'on a lu — pour s'en souvenir, et pour le partager avec ceux qui voudront bien suivre. Ce que vous lirez ici n'est ni une plaquette ni un blog. C'est le journal d'un cabinet vivant.

Édition
Mai MMXXVI
Numéro
N° XXI
Rédacteur
D. Cadiou
Lieu
Vannes — 56
Notes
43 entrées
Cadence
Mensuelle
V.

Mai MMXXVI

N° 21
4 entrées
Vannes — Morbihan
Arbitrage
22 maiMMXXVI
1 487 mots
≈ 6 min de lecture
publié le 22.05.26

Sur ce que coûte vraiment un PER, en 2026.

La semaine dernière, un dirigeant m'a glissé : « mon PER ne me rapporte rien ». Il avait raison sur les faits — sa performance nette était de 1,4 % en 2025 — et il avait tort sur l'analyse. Son contrat lui coûtait 2,9 % de frais par an, toutes couches confondues. Voilà pourquoi.

Un PER moyen, en 2026, est un mille-feuille. Frais sur versement (jusqu'à 5 %, négociables — chez nous c'est 0). Frais de gestion du contrat (de 0,6 à 1 % selon les compagnies). Frais de gestion des unités de compte (entre 1,2 et 2,4 %). Frais de mandat si gestion pilotée (0,2 à 0,5 %). Frais d'arbitrage. Frais d'arrérages. À la fin, on additionne, et on tombe sur 2 à 3 % à payer chaque année, qu'on gagne ou non.

L'écart en chiffres
14 800 €
Économie réalisée pour quatre PER renégociés ce mois-ci au cabinet — quatre TNS du Morbihan, sur dix ans projetés.

Sur trente ans, avec un rendement brut de 5 %, payer 2,9 % ou 1,3 % de frais n'est pas la même histoire. Au lieu de finir avec 432 000 €, on finit avec 568 000 € — sur les mêmes versements, le même temps, le même profil. La différence, ce sont les frais. Et ce sont eux qu'un courtier négocie pour vous — pas le rendement, qui ne se négocie pas.

On ne choisit pas un PER pour ce qu'il rapporte. On le choisit pour ce qu'il ne prend pas.

Si vous avez un PER ouvert il y a plus de cinq ans, et que vous n'en avez plus reparlé avec personne depuis, faites-vous la faveur d'en lire le DIC une fois — ou de me l'envoyer. Souvent, l'audit prend dix minutes et économise dix ans.

Daniel CadiouDaniel Cadiou
Question de cliente
14 maiMMXXVI
856 mots
≈ 4 min de lecture
publié le 14.05.26

Une question qui revient : « puis-je donner avant de mourir ? »

C'est la phrase exacte qu'une cliente, soixante-huit ans, vannetaise, m'a posée mercredi dernier. La phrase est belle, parce qu'elle dit le sujet sans détour. La réponse est oui — mais elle mérite trois minutes d'explication.

Vous avez le droit, chaque quinze ans, de donner 100 000 € par enfant en franchise totale de droits. Si vous êtes en couple, c'est 200 000 € par enfant. Pour des petits-enfants, 31 865 € chacun. Pour un arrière-petit-enfant, 5 310 €. Ces abattements se renouvellent tous les quinze ans — autant en profiter en bonne santé, plutôt qu'au compte-gouttes au dernier moment.

À cela s'ajoute le don familial de sommes d'argent : 31 865 € par parent et par enfant, si le parent a moins de 80 ans et l'enfant plus de 18. Cumulable avec l'abattement de droit commun. Ce qui veut dire qu'à deux, en bonne santé, vous pouvez donner 263 730 € à chaque enfant majeur, en franchise de droits, en une seule fois.

La cliente m'a regardé. Elle avait trois enfants. Elle a dit : « je peux donc transmettre 791 000 € aujourd'hui, sans que l'État en touche un centime ? ». C'est exactement cela. À condition de l'écrire proprement, devant notaire pour les sommes importantes, en pensant à la clause de retour conventionnel — pour le cas où un enfant mourrait avant elle, ce qui arrive.

Donner avant de mourir n'est pas un calcul froid. C'est un acte. Mais comme tout acte, il mérite d'être posé dans les règles — pour qu'il aide vraiment ceux qu'on aime, plutôt que de leur compliquer la vie.

Daniel CadiouDaniel Cadiou
Lecture de la semaine
8 maiMMXXVI
412 mots
≈ 2 min
publié le 08.05.26

Cinq jours avec Le Conseil d'Égypte, de Sciascia.

Leonardo Sciascia · Il Consiglio d'Egitto, Einaudi, 1963 — éd. française Denoël, 1965 (trad. Mario Fusco).

Relu cette semaine, dans le train Vannes — Paris (formation continue DDA). On y voit un moine palermitain inventer un manuscrit arabe, et tout un édifice juridique se construire sur ce faux. La morale n'est pas évidente. Sciascia ne juge pas : il observe.

Pourquoi je le note ici : c'est à la lecture de ce livre que je me mets, moi aussi, dans la même situation. Une bonne partie de ce que je fais consiste, au fond, à défaire des édifices construits sur des prémisses fausses. Un PER qu'on a pris parce qu'un voisin l'a fait. Une assurance-vie sans clause bénéficiaire à jour depuis 1998. Une dépendance non couverte parce qu'on n'y a jamais pensé. Personne n'a menti. On a simplement avancé sans relire.

Sciascia faisait remarquer que l'erreur honnête, répétée, devient une institution. C'est vrai en patrimoine aussi. La méthode du cabinet — comprendre avant de choisir — n'est pas un slogan : c'est l'effort de défaire ce que le temps a sédimenté sans qu'on regarde.

Daniel CadiouDaniel Cadiou
IV.

Avril MMXXVI

N° 20
3 entrées
Vannes / Lorient
Marchés
28 avrilMMXXVI
1 105 mots
≈ 5 min
publié le 28.04.26

L'or, en deux paragraphes — et ce que j'en fais.

L'once a passé les 3 500 dollars cette semaine. Les clients m'appellent : « faut-il en acheter ? ». Réponse honnête : oui, mais pas pour la raison qu'ils croient. L'or ne rapporte pas — il ne distribue ni intérêts ni dividendes. Il conserve. Il fait son travail quand tout le reste fait mal le sien.

Pour la plupart des familles que je suis, je recommande 3 à 8 % du patrimoine financier en or — par parts de fonds (ETF physique, ou des titres papier d'une grande maison), pas en napoléons sous le matelas. C'est une assurance, pas un placement. Quand on la souscrit dans la fièvre, on paie trop cher. Quand on la souscrit lentement, sur trois à cinq ans, on est tranquille.

Pondération conseillée
3 — 8 %
Du patrimoine financier disponible, en métal jaune. Au-delà : on n'est plus dans la prudence, on est dans le pari.

Le piège est inverse : en avoir zéro. Un patrimoine 100 % en euros, ou 100 % en actions cotées, est un patrimoine qui parie sur une seule monnaie ou une seule classe d'actifs. Ce n'est pas du courage — c'est une distraction.

Daniel CadiouDaniel Cadiou
Du côté du cabinet
15 avrilMMXXVI
734 mots
≈ 3 min
publié le 15.04.26

Un café au bord de mer, à Pornichet.

On s'est vus mardi, à une table face à la baie. En face de moi, un inspecteur d'une compagnie d'assurances partenaire — vingt-huit ans dans la maison ; il connaît ses contrats ligne à ligne. La conversation a porté sur les clauses bénéficiaires démembrées, et sur la façon dont on en sous-exploite la mécanique.

Le mécanisme est simple. Vous nommez votre conjoint usufruitier du capital décès, et vos enfants nus-propriétaires. Au décès, le conjoint touche les sommes et peut les utiliser. Au second décès, les enfants récupèrent la pleine propriété sans droits supplémentaires. C'est élégant, parfaitement légal, et largement méconnu.

On a parlé longtemps, le café refroidissant entre nous. L'inspecteur me fait remonter les meilleures conditions de sa compagnie — celles qu'on ne voit pas au guichet — et les évolutions de gamme avant tout le monde. Je lui adresse en retour les dossiers où son contrat devient, pour le client, la meilleure réponse du marché. C'est ainsi qu'on travaille entre partenaires : à la loyale, et entre gens qui se connaissent.

Daniel CadiouDaniel Cadiou
Réglementation
3 avrilMMXXVI
678 mots
≈ 3 min
publié le 03.04.26

La loi de finances 2026 — ce qui change vraiment.

Trois mesures à retenir, et seulement trois. Le reste est cosmétique. Un : le PER bénéficie d'un nouveau plafond de déductibilité pour les versements (12 % du PASS, contre 10 % — soit jusqu'à 5 854 € de plus à déduire pour un cadre supérieur). Deux : l'abattement de 30 500 € sur les contrats d'assurance-vie ouverts après 70 ans reste intact malgré les rumeurs du printemps. Trois : le pacte Dutreil voit son seuil de détention abaissé de 17 % à 15 %, ce qui élargit les transmissions d'entreprise éligibles.

Tout le reste — flat tax, niches, IFI — est inchangé. Si quelqu'un vous dit « il faut faire vite avant la fin de l'année », c'est rarement vrai. Le système fiscal français n'est pas un soldes : il est trop lourd pour bouger vite.

Daniel CadiouDaniel Cadiou
III.

Mars MMXXVI

N° 19
3 entrées
Vannes
Idée patrimoniale
29 marsMMXXVI
892 mots
≈ 4 min
publié le 29.03.26

Pourquoi je préfère trois petits contrats à un grand.

C'est probablement le conseil le plus contre-intuitif que je donne, et c'est l'un des plus précieux. Quand un client veut placer 300 000 € en assurance-vie, l'instinct dit : « un seul contrat, c'est plus simple ». Mon métier dit : non, trois contrats de 100 000 € chez trois assureurs différents.

La raison est juridique. Le Fonds de garantie des assurances de personnes (FGAP) couvre 70 000 € par souscripteur et par assureur en cas de défaillance de la compagnie. Au-delà, on perd. En multipliant les compagnies, on multiplie la garantie. À trois assureurs, vous êtes garanti à hauteur de 210 000 € ; à dix, 700 000 €.

La seconde raison est fiscale. Plusieurs contrats permettent de retirer ce dont on a besoin sans toucher au reste. Un contrat de huit ans, c'est huit ans d'antériorité fiscale — on évite de la casser en piochant dans un contrat unique. Trois contrats laissent trois respirations possibles.

La troisième est successorale. Trois clauses bénéficiaires différentes — pour les trois enfants, pour le conjoint, pour les petits-enfants — permettent d'orienter chaque contrat vers un destinataire spécifique. Une seule clause sur un gros contrat est toujours moins fine qu'une distribution réfléchie.

Simplicité ≠ efficacité. Le simple apparent coûte cher en flexibilité.

Daniel CadiouDaniel Cadiou
Du cabinet
18 marsMMXXVI
521 mots
≈ 2 min
publié le 18.03.26

Trois cents pages, une chronologie.

Mardi soir, j'ai posé sur la table de réunion l'ensemble des dossiers de 2025 — trois cents pages environ, reliées par client. J'aime, une fois par an, regarder physiquement ce qui s'est passé. C'est une discipline d'avocat : on relit avant d'oublier.

Ce que j'y vois cette année : huit successions accompagnées, dix-neuf bilans, trente-et-un rendez-vous découverte. Quatre clients qui m'ont quitté — deux pour cause d'âge, deux pour cause de désaccord sur l'orientation. Vingt-trois nouvelles familles. Le métier ne se mesure pas en chiffres d'affaires, mais en relations qui durent. Ce dossier-là, ouvert en 2007, n'a plus rien à voir avec celui qu'il était à l'origine. C'est très bien. C'est même précisément le travail.

Daniel CadiouDaniel Cadiou
Économie
5 marsMMXXVI
445 mots
≈ 2 min
publié le 05.03.26

Mars, le mois des arrhes.

Quelque chose que peu d'épargnants regardent : les fonds en euros publient leurs taux servis en début d'année — entre janvier et mars. C'est le moment où l'on compare. En 2026, l'écart va de 1,5 % (les pires) à 4,0 % (les meilleurs, sur les contrats bonifiés). Un écart de 2,5 points, sur un capital de 100 000 €, c'est 2 500 € par an de manque-à-gagner.

La règle : tous les trois ans, comparer son taux servi à la médiane du marché. Si le delta dépasse 0,8 point, c'est qu'il faut bouger — par transfert ou par arbitrage interne. Trois ans, c'est court. Trois décennies, c'est très long.

Daniel CadiouDaniel Cadiou
Notes brèves

Du côté du cabinet.

Ce que le journal ne dit pas mais qu'il faut tout de même noter — signatures, formations, parutions, prix, déjeuners utiles. Les petites lignes du métier.

25 MAI 2026

Convention signée — nouveau grossiste IARD.

Accord conclu avec un grossiste spécialisé en assurance des biens professionnels. Cela ouvre l'accès à huit assureurs supplémentaires en multirisque pour la clientèle TNS et dirigeants.

18 MAI 2026

Rendez-vous à La Croix-Valmer.

Déplacement pour un couple parisien en résidence secondaire dans le Var. Bilan en deux temps, donné lieu à une restructuration complète d'un portefeuille hérité, mal alloué, depuis 2014.

12 MAI 2026

Capital.fr — interview signée Eva Pelletier.

Parution d'un article sur les leviers méconnus de la capacité d'emprunt immobilier. Le cabinet y est cité : belle reconnaissance pour le travail d'analyse des prêts adossés.

29 AVRIL 2026

Transmission de 457 500 €, sans droits.

Pour un couple retraité de Lorient, mise en place d'une clause bénéficiaire démembrée avec leur notaire. Trois enfants reçoivent leur part franche d'impôt successoral.

10 AVRIL 2026

Formation continue — Paris.

Deux jours sur la loi de finances 2026 et ses incidences sur l'assurance-vie après 70 ans. Le cabinet renouvelle ses heures DDA avec quatre mois d'avance. Discipline élémentaire.

21 MARS 2026

Convention apporteur — expert-comptable de Rennes.

Quatrième convention de recommandation signée avec un cabinet d'expertise comptable. Le réseau de confiance s'installe — c'est lent, c'est silencieux, c'est ce qui dure.

∗ Bibliothèque

Ce qu'on lit, au cabinet.

Quelques livres tenus sur la table de travail, à Vannes. La plupart n'ont rien à voir avec le patrimoine : c'est précisément ce qui les rend utiles. La pensée fait des passerelles — on ne sait jamais d'où viendra l'idée juste.

Mai 2023
Le Conseil d'Égypte
Leonardo Sciascia · Denoël, 1965
Un faux manuscrit, un édifice juridique tout entier construit sur lui. Sur la sédimentation des erreurs qui deviennent institutions.
★★★★
Avril 2024
Le Cygne noir
Nassim Nicholas Taleb · Belles Lettres, 2008
Relu pour la troisième fois. À chaque fois plus utile. L'humilité statistique est la première vertu du conseil patrimonial.
★★★★★
Mars 2025
Histoire des riches en France
M. Pinçon & M. Pinçon-Charlot · Le Seuil, 2025
Sociologie. Pour comprendre ce que veulent vraiment les familles qui ont accumulé — et qui n'osent pas le dire.
★★★★
Février 2020
La part inconstructible de la Terre
Pierre Charbonnier · Le Seuil, 2020
Philosophie politique. Pour penser ce qu'investir veut dire quand le sol se dérobe sous les paradigmes économiques classiques.
★★★★
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Créateur du site — Daniel Cadiou